L'Amour volé

      Dessin de Mathilde PERROT  étudiante à l'Ecole Nationale Supérieure des arts visuels et décoratifs de la Cambre à Bruxelles

Synopsis et directives

 

Résumé

 

L'Amour volé est le récit d'une rencontre entre une petite fille de six ans et un très vieux monsieur qui pourrait être son grand-père. Tous les deux se voient régulièrement, pendant plusieurs années. A chaque visite, le vieil homme caresse son sexe contre celui de l'enfant. Il dit qu'il l'aime. Il s'agit d'un acte pédophile mis en scène en six actes et un épilogue. La Femme se souvient mais doit tuer la réminiscence de l'acte qu'elle subit lorsqu'elle était enfant. Trois personnages et une voix off occupent l'espace textuel : La Femme - Néréide - Dionysos et la voix off du pédophile.

 

Les personnages

 

La Femme

La Femme entre en conversation avec cette petite fille "lovée en son coeur" et qui s'est mise à parler par l'intermédiaire de la présence vivante de Néréide.

Dionysos

Dionysos, le Dieu du théâtre contribue à désintégrer la souffrance afin qu'elle puisse être exhumée en la présence de Néréide, la nymphe des eaux troubles, donnant à voir le corps douloureux, à vif. on comprend qu'un sacrifice doit avoir lieu sur l'autel, la table couverte dles draps ensanglantés de l'acte pédophile, où se tient debout, puis couché, le mannequin-enfant, le petit bouc sacrifié de la tragédie, ceci afin de libérer La Femme de cette "ignominie." Dionysos est le maître des lieux dans le sens àù il invective la montée des eaux pour qu'elles envahissent l'espace. Il agit en maître absolu sur la scène tragique. Il fait le récit, au début de chaque acte, de ce qui arriva entre la petite fille et le vieil amoureux, la narration étant relayée à un moment donné par une voix off qui bien entendu crée la distance entre le récitant, ou le racontant, et le pédophile lui-même présent par sa voix âcre enregistrée. ainsi, le récit court pendant que Dionysos manipule le mannequin-enfant. Dionysos annonce que sa volonté est de plaider la cause de La Femme. il a ainsi une fonction d'oracle en prédisant ce qui arrivera à Néréide la nymphe disparaîtra en six actes et un épilogue et La Femme pourra enfin faire le deuil de cet odieux acte amoureux entre la petite fille qu'elle fut et le vieux pédophile.

 

Néréide 

Néréide est la mémoire d'une ressenti de souffrance autant physique que morale dont La Femme n'a pas pu se séparer. La mémoire entre en action afin de remettre à la vue, dans une démarche largement symbolique, toutefois ancrée dans une réalité de petits objets ayant appartenus à l'enfant, un terrible récit qui, parce qu'il a pris forme, peut être commémoré et enterré. Le récit de l'acte pédophile révélé peut ainsi tomber dans l'oubli et redonner la bonne santé à La Femme. Néréide assume la présence d'un corps bien vivant de jeune fille ; elle renseigne sur son état corporel, sa jambe enfoncée dans le trou, son genou sur lequel elle s'est cognée et qui s'est mis à saigner. Ainsi, se superpose, en un dialogue non adressé la voix de La Femme à l'écoute du discours de Néréide, haché, hachuré, venant d'un fond soupiré.La venue des images du lac en fait une parole noyée, capturée, prisonnière. La présence vivante de Néréide au tombeau vient de loin. néréide se situe dans l'étape intermédiaire entre l'innocence de l'enfance et la maturité de l'âge adulte. Elle loge dans un linceul immaculé au centre de l'espace scénique. La belle est prisonnière de cette esthétique de la mort mais, néanmoins, elle reste bien vivante. Néréide converse avec La Femme en un discours indirect portnat les mots de la plainte et de la lamentation, mais aussi du sentiment amoureux, venant en superposition des exprressions proférées par l'une et l'autre, les incluant ainsi au sein d'une filiation incontestée. L'innocence de l'enfances est gardée par la présence des petits objets que le pédophile donna en cadeau à la petite fille. La présence de la belle jeune femme Néréide suscite l'amour de la vie, l'accomplissement et l'épanouissement dans l'harmonie mais elle est également porteuse d'une souffrance enfouie. Elle dégage une certaine étrangeté de l'être, mi humain, mi animal sous l'emprise d'éventuelles métamorphoses.

Une avancée scénographique par étapes de création

 

L'espace scénique et son évolution

 

Un tâtonnement du travail de mise en espace avec des constructions d'images projetées ponctuelles.

Une influence: l'intervention sous forme de stage scénographique à partir des dessins de Mathilde Perrot, étudiante à l'Ecole Normale Supérieure des Arts visuels et décoratifs de La Cambre à Bruxelles.

Un premier projet de jouer à l'extérieur dans une buse située au milieu d'un terrain vague. Mais comment signifier qu'il s'agit d'un tombeau central sombré au fond du lac selon les didascalies indiquées dans le texte ?

La Souffrance, en Néréide, est dans une grande proximité avec la terre noire et les graviers. Dans l'évolution du projet artistique, elle n'a pas encore disparu tout au fond du lac, sous terre,  mais elle est en contact sauvage avec la matière; il s'agit d'un contact originel avec un espace identitaire, celui de la terre d'où elle vient, où elle va. elle est en survivance au sein d'un gouffre où elle aurait pu mourir. Ces images annoncent une fin en soi et engagent un renouveau, car la Souffrance a atteint le fond de ce qu'il est pensable de cotoyer.

Le dépôt d'un linceul au sol vient appuyer l'idée d'une mise au tombeau.

De quelle nature est le corps de Néréide : Est-il vivant ? Est-il mort ? Est-ce une présence factice comme le corps du mannequin-enfant ? Est-ce un être de chair et d'os comme celui de La Femme ?

Une modification du projet scénique :

Obligation d'être enfermé en un lieu théâtral et en proximité avec les spectateurs.

L'installation d'un espace funéraire central apporterait l'image nécessaire d'une viduité absolue. 

Quelqu'un avait sombré au fond, dessous.

La croix exposée à la tête de l'installation appuirait l'image funéraire de l'habitat.

Un espace scénique avec des projections de lacs en mouvement, sur la scène 2 de chaque acte.

Un extrait de l'enregistrement des eaux sombres du lac avec des bruits de moteurs des camions passant sur la route.

Un film muet en noir et blanc d'une durée d'1heure 14 est projeté, pendant le temps du spectacle, sur un espace blanc d'1m50 x 80 cm  (plafond ou mur) autre que celui de la représentation, afin de se souvenir de l'invitation perpétuelle à la balade entre la petite fille et l'homme; tous les deux sont anonymes.

Le petit film a été créé par Bernard Leboeuf.

Une esthétique

 

La scène expose des images incluses dans une esthétique de la mort : ce qui se passe au-dessus et en dedans soutient le fait qu'un rituel funéraire d'enterrement y est représenté, qu'ici au même moment une cérémonie de mise à mort a lieu. Par le spectacle d'un sacrifice, un sublime don de vie sera redonné, celui adressé à La Femme, par l'intermédiaire d'un jeu avec la mort, ou dans un jeu de trompe-la-mort. Le rite sacrificiel entaille le corps fictif du mannequin-enfant ; ainsi , il ouvre la mort. L'irreprésentabilité de la mort propose du nouveau à tout un imaginaire de l'ordre de la déploration, de la lamentation, mais aussi de la terreur procurée par l'omniprésence du corps de Néréide enseveli vivant au fond du lac. Celui-ci devenu totalement étranger se nourri d'un présent ambigu, entaché d'un passé et de ses traces mortifères, de ses signes et de ses symboles d'horreur dans la monstration d'une chose souffrante. Une fois préparée la scène mortuaire, le rite funèbre, en final de deuil de la vie, ensevelit le corps du mannequin-enfant dans une solennelle mise au tombeau. Le caractère de rituel sacrificiel dionysiaque appartient à la tragédie dont le corps sacrifié du mannequin-enfant en serait le bouc émissaire tragique. Dionysos porte en son sein des puissances infernales. L'ensevelissement du corps de Néréide vient nourrir et se nourrir des images de la mort à un niveau symbolique. Son corps métamorphique puise les énergies dans le monde des morts. Le milieu théâtal est totalement investi dans un but créatif. La valeur mythique de l'acte sacrificiel sert à la commémoration et donne l'inspiration universelle, car ce qui est mort, absent d'une manière irrémédiable, n'a donc qu'une chance de continuer à vivre, ou de ressusciter : par le travail de la mémoire. Le sacrifice garde en mémoire le récit de l'acte sanglant, des blessures, des souffrances et des faits originels précis afin d'en assurer la commémoration, elle-même ritualisée par l'intermédiaire de Néréide. Les images inouïes du sacrifice activent une mise en représentation exemplaire des douleurs et des persécutions subies car elles focalisent tout un imaginaire à partir de l'univers néantisé de la scène. Une fois l'image sacrificielle du mannequin-enfant exposée au linceul, celle-ci finit par se perdre dans l'obscur. L'artifice fabrique l'image secrète ; le théâtre s'emplit d'images et de sonorités dans lesquelles il est possible de percevoir d'un seul coup d'oeil tout ce qui, autrement, reste caché dans les profondeurs de l'esprit humain. La mémoire est stimulée, travaille les corps et livre des images. Il s'agit en quelque sorte d'une mise en mémoire, d'une mise en mots sous chaque image, tout comme il fut procédé à la mise au tombeau du corps de la petite fille violée afin d'en conserver la mémoire, le théâtre étant en soi l'espace vide d'un ciel à habiter. Le théâtre de la mémoire trouve sa magie dans tout un système occulte dont une esthétique de la mort participe. L'Amour volé est une forme de l'oubli, perdue dans un temps inassouvi, sans souci de l'avant ou de l'après, un temps sans mesure du présent, un temps qu passe et qui reste tout à la fois : un temps mort.

Dossier analyses L’Amour Volé.doc
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